Venise, Mardi 25 Novembre 1609,
Cher Fabricants du premier cercle de fabrication,
Ca y est ! J’ai trouvé ! Alleluia ! Eurêka ! Nous sommes sauvés !
J’ai dégoté ce matin en me promenant près du quartier maure de la ville, la perle rare pour conduire la liste de la guilde à Venise pour la prochaine élection des provinces vénitiennes : un marchand maure, nommé Albino Doliomi !
Bon, tout d’abord, il ressemble à Borackio Obamati, le roi du carnaval des Nouvelles colonies ce qui, par les temps qui courent, est un gage de modernité et de diversité.
Mais bien évidemment même si c’est le principal argument qui m’a faitle choisir, jamais, au grand jamais je ne le dirais en public !

Moi, Braïni, choisir des candidats juste parce qu’ils existent en dehors de la guilde et qu’ils n’ont rien fait pour elle ? Jamais je ne l’admettrais !
Bon, et puis il présente tous les critères du bon candidat à mes yeux :
- Il ne m’a jamais ennuyé sur ma façon toute personnelle de diriger MA guilde
- Il ne me cite pas à tout bout de champ mes vieilles formules du genre « Si tous les Vénitiens pensent la même chose, c’est qu’ils ne pensent plus rien » ou encore pire « Cher Vénitiens, j’ai une bonne nouvelle : à partir de ce soir la politique à Venise ne sera plus jamais la même ! »
- Il est bien fait de sa personne et j’aime les gens bien faits de leur personne (certaines fabricantes de la guilde pourront en témoigner)
- Il ne s’offusque pas d’être désigné, comme cela, par le fait du doge-qui-n’est-pas-encore-doge, alors que des fabricants qui ont depuis longtemps mérité cet honneur ne sont même pas pris en compte pour la candidature car leurs profils sont trop “communs”.
Je sais, vous allez me dire :
- Il porte le nom d’une auberge célèbre de Venise :
Et alors ? Il n’en sera que davantage considéré comme doué pour la cuisine électorale !
- Il n’a jamais rien fait pour la guilde :
Et alors ? Je ne considère pas que le fait de travailler d’arrache-pied pour la guilde soit à récompenser !
- Il n’a jamais, au grand jamais pris une position sur la société vénitienne :
Et alors ? Je ne considère pas que le fait de connaitre la question pour laquelle on brigue un poste tienne la route face à des considérations esthétiques ou de communication
- Sa désignation toute personnelle ne correspond pas au mode de désignation prévu par les Statuts de la guilde :
Et alors ? Je suis le chef de la guilde, et je considère avoir le droit de décider comme je l’entends. Les Statuts sont une matière vivante et donc mouvante dixit mon conseiller Enrico Azieri, j’en fais donc ce que je décide d’en faire, là réside toute la subtilité de l’accommodation, vous en conviendrez.
Et puis les fabricants de la base se prononceront : si 99 % d’entre-eux se prononcent contre, je procèderai à un deuxième vote.
Dans ce cas, soit je soumettrais ce deuxième vote uniquement aux fabricants qui se prénomment Francesco ou Marinella., soit je demanderai dans une même question aux fabricants (un seul oui ou non sera permis pour ces deux questions) s’ils sont pour la baisse des cotisations à la guilde et s’ils valident mes choix de candidats. J’hésite encore entre ces deux formules, car je ne sais laquelle est la plus démocratique. Mais je trancherai aux dés.
Comme vous le voyez, chers membres, ceux qui critiquent la gouvernance interne de la guilde sont vraiment de mauvaise foi !
Francesco Braïni, juste parmi les justes











Dans le porte-billets du Doge, du 5 au 9 Octobre 1609





















