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Le marchand de Tapis

19 novembre 2008

 

tapis

 

 

Mercredi 19 Novembre 1608,

 

Mon cher frère,

Je t’ai parlé dans mon précédent billet de mon appartement, rue des Saint-Pères.
Figure-toi que j’ai un bien singulier personnage pour voisin au 52 de la même rue : il s’agit d’un célèbre marchand de tapis surnommé Bernard Le Gouailleur, qui a la particularité de demeurer à l’
hôtel de Cavoye, un hôtel particulier bien cossu, alors qu’il est criblé de dettes depuis des années.

tapie

Je ne m’étendrai pas trop longuement sur le fait qu’il n’arrête pas d’organiser des parties de plaisir et qu’il s’adonne avec ses invités à une activité étrange, que je peux observer de ma fenêtre et qui lui a valu des reproches de la part des autorités écclesiastiques : ils s’amusent à donner des coups de pied dans des pelotes de laine qu’ils essaient d’envoyer dans de grands paniers et gesticulent comme des fous de Dieu dès qu’ils y parviennent, faisant des paris financiers sur le vainqueur pendant que leurs domestiques attendent sans fin le paiement de leurs arriérés de salaires.

J’ai ouï dire qu’il s’agirait en fait d’un agent de notre Doge, couvert financièrement par ce dernier pour discréditer Francesco Braïni auprès de son ami Henri IV (qui lui assure une bonne partie de ses recettes à l’exportation en le désignant comme son fournisseur officiel).
Notre Doge, Nicolo Da Ponte aurait ainsi convaincu en sous-main certains hauts dignitaires français non seulement de ne pas saisir son hôtel particulier mais aussi et surtout de lui reverser des sommes d’argent astronomiques en guise de dédommagement dans une affaire qui pourtant ne s’annonçait pas favorable pour lui ! J’ai réussi à avoir quelques détails sur cette affaire grâce à un courageux gentilhomme, Charles de Consour, que Francesco Braïni avait d’ailleurs jadis rencontré lors de ses déplacements en France et dont il avait pu aussi apprécier la rigueur.

 

J’ai cru comprendre que des recours ont été intentés auprès du Roi de France lui même, à l’encontre des dignitaires en charge de ce dossier. J’espère cependant que notre Doge n’aura pas ici encore, la main longue, sachant qu’il a de plus en plus tendance, dans sa folie des grandeurs, à considérer le Royaume de France comme une annexe de Venise…

Le plus amusant dans cette affaire, c’est que depuis qu’il a reconstitué aussi véreusement sa fortune, Bernard Le Gouailleur s’efforce de prouver en public qu’il fait acte de pénitence pour sa passion sacrilège pour la pelote de laine…

Angelo Lauresti, assis dans un jardin à Paris.

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4 commentaires

  1. Xé veneto de Venexia ? 😉

    Dommage que j’ai oublié cette langue magnifique ….


  2. Joli Claudio le -x- 😉


  3. Il fût un temps, dans la nuit de mes temps quand je rôdais les « calle » de la « Serenissima » millénaire, où je me débrouillais pas trop mal avec cette langue, notamment avec l’aide d’un (ou plusieurs) « sgroppino », au son envoûtant d’une « ghironda » …

    Mais j’ai oublié tout ça dans mes bagages. A croire que ce n’était pas moi, mais mon masque.


  4. […] que la situation s’est améliorée à Venise. Pour te changer un peu les idées, après Bernard le Gouailleur, j’aimerais te relater ma rencontre avec un autre étrange personnage, un saint homme […]



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