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Le bal des courtisans

18 janvier 2010

Lundi 18 Janvier 1610,

Mon très cher Albino,


Moi, Gianni-Enrico Branati, te transmets tous mes voeux de réussite et de bonheur pour cette nouvelle année !


Je ferai tout pour oeuvrer pour la réussite de ton entreprise, mon ami, car tu sais qu’elle me tient à coeur, naturellement.


Ah quelle belle communion d’idées virile il y eut entre nous lors de la réunion d’hier !

Que j’aime te voir travailler tranquillement en profondeur, faire lentement mais sûrement le tour des fédérations de notre illustre guilde, et participer à des réunions locales de fabricants en bravant vaillamment ton aversion pour l’odeur rance et chargée des ateliers.

Car c’est chose admirable que de te voir peaufiner ton discours attendu à l’épreuve de la dure réalité ; tu en profites pour échanger sans relâche des idées (eh oui !) et te nourrir avec gourmandise de celles qui sont portées par les fabricants “lambdas”, tous ceux qu’on n’écoute pas souvent (ou pas forcément) et qui constituent pourtant le gros de nos troupes déclinantes, qu’il faut donc soutenir dans cette ultime épreuve.

Je t’affirme avec toute la constance et la loyauté qui me caractérisent, que je ferai partie de ceux qui porteront avec ardeur cette campagne que tu veux résolument moderne. Avec notamment cette idée lumineuse d’envoyer une copie de  ton portrait à tous nos fabricants, afin qu’ils puissent l’afficher fièrement au-dessus de leur fabrique ! Ces fabriques où règne en maîtresse la sueur du dur combat quotidien, que nous avons pour mission de relayer en le portant fièrement au plus haut niveau.

Oui, mille fois merci à toi de nous aider à porter si haut les couleurs de notre guilde !

Bien à toi !

Gianni-Enrico Branati

PS : je suis le petit châtain en manteau gris qui n’arrêtait pas de t’aider généreusement à finir tes phrases pendant la réunion d’hier.


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Très cher Albino,


Moi, Gianfranco Democratico, vaillant défenseur de la guilde, dont les hauts faits verbaux ne sont plus à prouver, je me permets de vous déranger dans la réalisation de votre geste car j’ai besoin de vous témoigner spontanément ma loyauté au cas où de méchants bruits me concernant parvenaient à vos oreilles.

Veuillez m’en excuser par avance, mais j’avoue que j’ai essayé de me renseigner par curiosité déplacée sur le processus de votre élection, mais discrètement, afin de ne pas faire de vagues fort inutiles en ces temps difficiles pour notre guilde. Il reste à mes yeux somme toute légèrement un tout petit peu opaque aux entournures et c’est pas faute d’avoir fait des efforts surhumains pour ne pas trop me poser de questions !


Oui, cher Albino, je l’avoue, j’ai bel et bien demandé en catimini à Thomassone Cortegiano de m’expliquer pourquoi on a annoncé le choix du candidat avant même la tenue du vote officiel,

Oui, cher Albino, c’est encore moi qui ai poliment demandé dans un murmure inaudible à notre aimable Frère Hérético de m’expliquer pourquoi on a procédé à un vote secret plutôt qu’à un vote par acclamation comme cela avait été annoncé ?

Je tiens par la présente à vous affirmer que toutes ces démarches n’ont eu pour unique objectif que de répondre à la curiosité qui me ronge de l’intérieur, ce mal que je n’ai de cesse de combattre et que j’espère parvenir à surmonter grâce à l’aide avisée de Frère Hérético, qui a déjà parcouru tout le chemin qui mène à la bêê attitude. Puissiez-vous me le pardonner un jour !


Votre bien dévoué et torturé,


Gianfranco Democratico






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Beau et noble Albino,


Moi, Oreada Carconetti, je me joins au choeur de louanges qui ne tarit plus depuis votre désignation électorale pour vous témoigner une fois de plus mon admiration et accepter avec grâce l’offre généreuse et clairvoyante que vous m’avez faite de vous seconder dans cette dure épreuve.

Je soumets d’ailleurs à votre jugement exquis et délicat l’idée qui m’a effleurée ce matin. En écoutant un joli rossignol chanter devant ma fenêtre j’ai eu l’idée de vous proposer spontanément la constitution d’un choeur féminin pour notre prochaine campagne !

Ce choeur, composé des jeunes filles et dont je serai la chanteuse soliste, aura deux missions. La première sera éducative : susurrer à l’oreille de nos fabricants démotivés de doux slogans de campagne. La seconde plus combative : atteindre nos électeurs au plus profond de leur coeur en éveillant leur sentiments compassionnels à l’égard de notre guilde aux abois.

Si vous êtes aussi enthousiaste que moi à cette idée, je vous prie de régler la facture ci-jointe. Il s’agit de menus achats pour la chorale, que j’ai déjà constituée et que je veux élégante, persuadée que vous seriez d’emblée emballé par cette idée innovante. Car je ne doute pas un instant que nous allons bien nous entendre !

Oh, quel joli score nous allons obtenir grâce à la subtile combinaison de nos talents !

Avec toute mon affection,

Oreada Carconetti


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7 commentaires

  1. Je vous jure, si vous n’existiez pas, faudrait vous inventer, vous 🙂


  2. Merci. J’ai adoré ce texte qui m’a beaucoup fait rire:)


  3. D’accord avec jf

    J’adore. Continuez, c’est à la fois corrosif et d’un bien meilleurs niveau que ce qu’on peut lire de ci et de là…


  4. Chers amis, une fois de plus, je suis ravie…
    Tant de béé titude si finement démasquée… Ou masquée… 😉


  5. Je suis profondément déçu par l’étendue de mon absence dans ce billet.

    Etre au désespoir d’être ignoré, n’est-ce pas le propre du courtisan ?

    Je devrais donc, il le faut, être en haut, tout en haut des classements de Cour !

    Et ne plus être ignoré.

    Ce qui m’enlèverait tout mérite courtisan.

    Zut.


  6. Les vénitiens vous voici entrainés dans la ronde des tags
    http://lescriptorium.wordpress.com/2010/01/22/que-proposerais-je-immediatement-si-la-democratie-directe-existait/


  7. Je viens de passer un excellent moment de lecture et après ça, comment puis-je continuer à écrire, mes professeurs annotaient mes devoirs de cette manière : »Bouillonnant d’idées, mais quel style!! et les points d’interrogation n’avaient rien d’admiratif. Alors permettez moi d’admirer votre style. A bientôt.



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