Posts Tagged ‘Dolium’

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Contes et légendes de la lagune : La terrible île de Novantadue (92)

10 février 2010

Francesco BraÏni entre dans la chambre de son petit-fils et se fâche :

« Dis donc tu vas dormir ! Si tu ne dors pas dans cinq minutes, je vais t’exiler dans la terrible île de Novantadue ! »

–   Papy c’est quoi la terrible île de Novantadue ?

–   Bon je vais te raconter et ensuite du dors, hein !

Là-bas, loin loin dans la lagune qui borde Venise, se trouve une île mystérieuse et étrange, l’île de Novantadue.

Elle est essentiellement peuplée de fabricants maudits de la guilde Mascarade Ombre, Déguisements et Mystères que j’ai exilés loin de la fabrique pour être tranquille. On raconte que depuis ils se sont transformés en monstres et en chimères et n’auraient plus rien d’humain à part la parole.

– Et pourquoi « Novantadue », papy ?

– Ne m’interromps pas tout le temps !  je vais t’expliquer…

Novantadue en italien veut dire 92 car j’en entends parler 92 fois par jour et qu’ils me causent 92 000 problèmes.

La légende dit que les côtes de l’île sont gardées par le Cocobinator, un cerbère à deux têtes : l’une de chat, douce et calme, l’autre de lion, rugissante et effrayante. Quand la tête de chat parle en miaulant, il n’est pas rare d’entendre le lion l’interrompre par un  « chaton ! Laisse moi faire, je vais leur montrer, moi ! »

Si tu arrives à passer l’obstacle du Cocobinator, tu t’enfonces dans la forêt luxuriante qui occupe la plus grande partie de l’île. Là vit tout une faune iconoclaste ou extravagante.

On y trouve d’abord une espèce d’écureuil, le Ginistix, qui à la particularité de garder des informations désobligeantes pour moi dans ses bajoues et de les transmettre à Venise par des messages qu’il met dans des bouteilles jetées à la mer.

Viens ensuite le Branatus, un petit reptile nerveux, replié et tellement courbé qu’il lèche le sol quand l’un des deux ogres de l’île vient à passer par-là.

– Des ogres ! Papy je veux plus que tu me racontes ! j’ai peur !

– Trop tard, petit impertinent,  je poursuis…

Oui, deux ogres habitent chacun un manoir dans la partie septentrionale de la forêt, manoirs qui se font face.

Il se dit qu’ils se détestent et qu’ils ont chacun une ménagerie de monstres qu’ils ont dressés à se combattre pour prendre le pouvoir sur Novantadue.

L’un des ogres, Bernie LePasbo est un ogre habile mais agressif. Les autres habitants de l’île s’en méfient.

L’autre Danny Badtrippes, était membre du Sénat de Venise. Ogre moins imposant mais bien plus sournois.

Dans une des prairies de Novantadue, vit aussi un cheval biface, le Romainteux. Ce cheval est déroutant car il a la particularité de pouvoir passer d’un état de cheval apprivoisé et doux à celui d’un pur-sang enragé et hennissant en quelques secondes. Effrayant non ? J’aurais bien aimé l’attraper pour l’intégrer à mon élevage, mais il est indomptable.

Il y a aussi le Grebarion, une sorte de caméléon venimeux, qui s’adapte à tous les terrains, les saisons et les situations. Il vit là où la nourriture est la meilleure et n’hésite jamais à changer d’endroit ou de maître pour se sustenter.

Quelques autres spécimens encore :

La Chantalebro noire, une sorte d’araignée velue qui étouffe ses proies dans de la bave tiède

Le Dupino, petit renard sage à la chevelure soignée, bien trop délicat pour la vie à Novantadue, mais qui survit grâce à son flair

Le Creuzac, petit lézard putride et agressif qui se terre sous l’aisselle de Dany BadTrippes pour mieux atteindre ses cibles.

Le Burelos, une sorte de bélier batailleur, qui saute sur tout ce qui bouge

Le Delomniac, un humanoïde qui a en guise de grid-grid  protecteur un singe perché sur son épaule, qui change d’épaule en fonction de son humeur.

La Whitemulesse, un croisement entre une mule et une huître

Le Coche peint, une mouche (du coche) inoffensive aux poils oranges

Le Trop teint, un passereau inoffensif à la teinte orangée

– Comme tu le vois mon garçon, l’île de Novantadue est bien effrayante, et je me demande dans certains moments d’égarement  lucide si je n’ai pas fais de grosses bêtises dans cette histoire…

Mais le garçon dort depuis longtemps, le sommeil agité et assombri par cette île maléfique.

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Le bal des courtisans

18 janvier 2010

Lundi 18 Janvier 1610,

Mon très cher Albino,


Moi, Gianni-Enrico Branati, te transmets tous mes voeux de réussite et de bonheur pour cette nouvelle année !


Je ferai tout pour oeuvrer pour la réussite de ton entreprise, mon ami, car tu sais qu’elle me tient à coeur, naturellement.


Ah quelle belle communion d’idées virile il y eut entre nous lors de la réunion d’hier !

Que j’aime te voir travailler tranquillement en profondeur, faire lentement mais sûrement le tour des fédérations de notre illustre guilde, et participer à des réunions locales de fabricants en bravant vaillamment ton aversion pour l’odeur rance et chargée des ateliers.

Car c’est chose admirable que de te voir peaufiner ton discours attendu à l’épreuve de la dure réalité ; tu en profites pour échanger sans relâche des idées (eh oui !) et te nourrir avec gourmandise de celles qui sont portées par les fabricants “lambdas”, tous ceux qu’on n’écoute pas souvent (ou pas forcément) et qui constituent pourtant le gros de nos troupes déclinantes, qu’il faut donc soutenir dans cette ultime épreuve.

Je t’affirme avec toute la constance et la loyauté qui me caractérisent, que je ferai partie de ceux qui porteront avec ardeur cette campagne que tu veux résolument moderne. Avec notamment cette idée lumineuse d’envoyer une copie de  ton portrait à tous nos fabricants, afin qu’ils puissent l’afficher fièrement au-dessus de leur fabrique ! Ces fabriques où règne en maîtresse la sueur du dur combat quotidien, que nous avons pour mission de relayer en le portant fièrement au plus haut niveau.

Oui, mille fois merci à toi de nous aider à porter si haut les couleurs de notre guilde !

Bien à toi !

Gianni-Enrico Branati

PS : je suis le petit châtain en manteau gris qui n’arrêtait pas de t’aider généreusement à finir tes phrases pendant la réunion d’hier.


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Très cher Albino,


Moi, Gianfranco Democratico, vaillant défenseur de la guilde, dont les hauts faits verbaux ne sont plus à prouver, je me permets de vous déranger dans la réalisation de votre geste car j’ai besoin de vous témoigner spontanément ma loyauté au cas où de méchants bruits me concernant parvenaient à vos oreilles.

Veuillez m’en excuser par avance, mais j’avoue que j’ai essayé de me renseigner par curiosité déplacée sur le processus de votre élection, mais discrètement, afin de ne pas faire de vagues fort inutiles en ces temps difficiles pour notre guilde. Il reste à mes yeux somme toute légèrement un tout petit peu opaque aux entournures et c’est pas faute d’avoir fait des efforts surhumains pour ne pas trop me poser de questions !


Oui, cher Albino, je l’avoue, j’ai bel et bien demandé en catimini à Thomassone Cortegiano de m’expliquer pourquoi on a annoncé le choix du candidat avant même la tenue du vote officiel,

Oui, cher Albino, c’est encore moi qui ai poliment demandé dans un murmure inaudible à notre aimable Frère Hérético de m’expliquer pourquoi on a procédé à un vote secret plutôt qu’à un vote par acclamation comme cela avait été annoncé ?

Je tiens par la présente à vous affirmer que toutes ces démarches n’ont eu pour unique objectif que de répondre à la curiosité qui me ronge de l’intérieur, ce mal que je n’ai de cesse de combattre et que j’espère parvenir à surmonter grâce à l’aide avisée de Frère Hérético, qui a déjà parcouru tout le chemin qui mène à la bêê attitude. Puissiez-vous me le pardonner un jour !


Votre bien dévoué et torturé,


Gianfranco Democratico






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Beau et noble Albino,


Moi, Oreada Carconetti, je me joins au choeur de louanges qui ne tarit plus depuis votre désignation électorale pour vous témoigner une fois de plus mon admiration et accepter avec grâce l’offre généreuse et clairvoyante que vous m’avez faite de vous seconder dans cette dure épreuve.

Je soumets d’ailleurs à votre jugement exquis et délicat l’idée qui m’a effleurée ce matin. En écoutant un joli rossignol chanter devant ma fenêtre j’ai eu l’idée de vous proposer spontanément la constitution d’un choeur féminin pour notre prochaine campagne !

Ce choeur, composé des jeunes filles et dont je serai la chanteuse soliste, aura deux missions. La première sera éducative : susurrer à l’oreille de nos fabricants démotivés de doux slogans de campagne. La seconde plus combative : atteindre nos électeurs au plus profond de leur coeur en éveillant leur sentiments compassionnels à l’égard de notre guilde aux abois.

Si vous êtes aussi enthousiaste que moi à cette idée, je vous prie de régler la facture ci-jointe. Il s’agit de menus achats pour la chorale, que j’ai déjà constituée et que je veux élégante, persuadée que vous seriez d’emblée emballé par cette idée innovante. Car je ne doute pas un instant que nous allons bien nous entendre !

Oh, quel joli score nous allons obtenir grâce à la subtile combinaison de nos talents !

Avec toute mon affection,

Oreada Carconetti


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Pourquoi je vote OUI-OUI

18 décembre 2009

Vendredi 18 Décembre 1609,

Mes chers collègues de la guilde « Mascarade, Ombres, Déguisements et Mystères », je voudrais par cette missive vous expliquer pourquoi il faut voter mille fois OUI-OUI à la nomination votationnée d’Albino Doliomi à la tête de la liste de notre guilde pour la prochaine élection des  représentants des provinces vénitiennes.

1)      Il est beau et tout le monde sait qu’a Venise, il est plus important de paraître que de montrer qu’on est capable d’être un bon conseiller avec les mains dans le cambouis et une expérience concrète de la chose publique. Et ça, Francesco Braïni, loué soit-il, l’a bien compris !

2)      Il a des sequins ! par centaines, par milliers : des sequins partout !

L’élection coûtera cher, la guilde n’est pas riche (enfin si , mais bon, faut pas le dire), donc Doliomi tombe à point nommé pour que Francesco Braini, notre étoile céleste, garde les « sequins1612 » comme il les surnomme.

3)      Il n’a jamais rien dit, ni fait à propos de Venise : magnifique trouvaille de notre luminescent Francesco Braïni: quoi de mieux pour attirer les électeurs que de mettre en avant quelqu’un qui, à leur image, n’y connait pas grand chose ? C’est ça  concrètement le renouvellement des représentants ! Ceux qui diraient le contraire ne sont que des aigris de mauvaise foi !

4)      Ce choix personnel unanime de notre chef permet d’éviter le dilemme d’avoir à choisir entre plusieurs candidats méritants et de prendre ainsi le risque de les mécontenter. Or, les fidèles méritants deviennent une denrée rare par les temps incertains qui courent.

5)      Il est maure : eh oui,  la guilde est humaniste, et elle se doit de favoriser les maures !

Francesco Braïni ne voulant pas entamer la modestie et la forme physique des « maures » déjà présents dans la guilde et qui , eux  ont participé activement à sa création et son existence, a préféré en prendre un tout neuf, tout propre,  qui ne risque pas de lui reprocher sa gestion passée de la guilde, et dont l’usure ne risque pas de porter préjudice à son bon fonctionnement.

6)      Enfin et surtout je voterai pour lui et vous demande de le faire instamment car c’est notre chef Francesco Braïni qui nous l’a choisi dans sa grande mansuétude.

Maintenant que Doliomi a été prestement mis en avant par Braini dans tout Venise, comment pouvez vous décemment envisager de ne pas valider son choix ?

Imaginez les titres des gazettes si vous votiez tout simplement NON :

« Le candidat de Braïni rejeté »

– « Braïni veut convaincre les vénitiens en 1612 mais ne parvient même pas à convaincre ses propres fabricants»

– « « Mascarade, Ombres, Déguisements et Mystères » qui se dit humaniste, dit non à un maure »

– « Chez Mascarade, Ombres, Déguisements et Mystères, même quand il n’y a qu’un maure ça en est déjà un de trop »

– « Chez Braïni, c’est never maure »…etc

Alors je vous en conjure votez librement OUI-OUI pour Doliomi, ne serait-ce que pour ne pas nuire à notre chef suprême.

Thomassone Cortegiano, courtisan notoire de la guilde

Ps : bien évidement je ne dis pas tout ça parce que je suis moi même candidat à une place sur la liste, comment pourrait-on m’accuser de tels mesquins calculs ?

PPs : j’oubliais, Albino Doliomi a aussi « toujours le mot gentil », comme moi.

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Braïni : Maure à Venise !

25 novembre 2009

Venise, Mardi 25 Novembre 1609,

Cher Fabricants du premier cercle de fabrication,

Ca y est ! J’ai trouvé ! Alleluia ! Eurêka ! Nous sommes sauvés !

J’ai dégoté ce matin en me promenant près du quartier maure de la ville, la perle rare pour conduire la liste de la guilde  à Venise pour la prochaine élection des provinces vénitiennes : un marchand maure, nommé Albino Doliomi !

Bon, tout d’abord, il ressemble à Borackio Obamati, le roi du carnaval des Nouvelles colonies ce qui, par les temps qui courent, est un gage de modernité et de diversité.

Mais bien évidemment même si c’est le principal argument qui m’a faitle choisir, jamais, au grand jamais je ne le dirais en public !

Moi, Braïni, choisir des candidats juste parce qu’ils existent en dehors de la guilde et qu’ils n’ont rien fait pour elle ? Jamais je ne l’admettrais !

Bon, et puis il présente tous les critères du bon candidat à mes yeux :

–         Il ne m’a jamais ennuyé sur ma façon toute personnelle de diriger MA guilde

–         Il ne me cite pas à tout bout de champ mes vieilles formules du genre « Si tous les Vénitiens pensent la même chose, c’est qu’ils ne pensent plus rien » ou encore pire « Cher Vénitiens, j’ai une bonne nouvelle : à partir de ce soir la politique à Venise ne sera plus jamais la même ! »

–         Il est bien fait de sa personne et  j’aime les gens bien faits de leur personne (certaines fabricantes de la guilde pourront en témoigner)

–         Il ne s’offusque pas d’être désigné, comme cela, par le fait du doge-qui-n’est-pas-encore-doge, alors que des fabricants qui ont depuis longtemps mérité cet honneur ne sont même pas pris en compte pour la candidature car leurs profils sont trop « communs ».

Je sais, vous allez me dire :

 – Il porte le nom d’une auberge célèbre de Venise :

Et alors ? Il n’en sera que davantage considéré comme doué pour la cuisine électorale !

–         Il n’a jamais rien fait pour la guilde :

Et alors ? Je ne considère pas que le fait de travailler d’arrache-pied pour la guilde soit à récompenser !

–         Il n’a jamais, au grand jamais pris une position sur la société vénitienne :

Et alors ? Je ne considère pas que le fait de connaitre la question pour laquelle on brigue un poste tienne la route face à des considérations esthétiques ou de communication

–         Sa désignation toute personnelle ne correspond pas au mode de désignation prévu par les Statuts de la guilde :

Et alors ? Je suis le chef de la guilde, et je considère avoir le droit de décider comme je l’entends. Les Statuts sont une matière vivante et donc mouvante dixit mon conseiller Enrico Azieri, j’en fais donc ce que je décide d’en faire, là réside toute la subtilité de l’accommodation, vous en conviendrez.

Et puis les fabricants de la base se prononceront : si 99 % d’entre-eux se prononcent contre, je procèderai à un deuxième vote.

Dans ce cas, soit je soumettrais ce deuxième vote uniquement aux fabricants qui se prénomment Francesco ou Marinella., soit  je demanderai dans une même question aux fabricants (un seul oui ou non sera permis pour ces deux questions) s’ils sont pour la baisse des cotisations à la guilde et s’ils valident mes choix de candidats. J’hésite encore entre ces deux formules, car je ne sais laquelle est la plus démocratique. Mais je trancherai aux dés.

Comme vous le voyez, chers membres, ceux qui critiquent la gouvernance interne de la guilde sont vraiment de mauvaise foi !

Francesco Braïni, juste parmi les justes